Opticien en ligne, je ne l’avais pas vu venir

La loi du commerce est en passe d’assouplir la vente de lunettes de vue en ligne. Ce marché est actuellement verrouillé par les opticiens dont on ne révélera aucun secret si on annonce leur marge comme confortable.

Dès 2007, j’avais souhaité m’investir dans le domaine des optiques avec MonOpticien.com (projet revendu à la Centrale des Opticiens dans les années 2010), mais l’ouverture d’esprit dans la profession à l’époque ne m’avais pas donné l’occasion de trouver un partenaire pour mener à bien ce projet. Et lorsque l’on découvre encore aujourd’hui, l’attitude de certains opticiens vis à vis de la création du projet Sensee, on est en droit de se poser des questions. Pour illustrer mes propos, rien de tel qu’un petit exemple relayé par Twitter ces derniers jours :

Charles D.

Dites vous voulez donner un sale coup à Sensee? La loi sur le commerce internet oblige à rembourser l’acheteur dans les 30 jours suivant l’achat en cas d’annulation de la commande, pourquoi pas chacun d’entre nous commande une paire en prog très chère et on la retourne ça leur en fera des frais non?

Chloe O. B.

C’est ce que j’avais proposé ! Je suis pour bien sure mais je voulais être sûre avant parce que j’avais juste pensé au délais de rétractation et j’étais pas sure d’avoir reçu les lunettes! Parce que pour les embêter un peu plus je m’étais dit que fallait poster notre photo avec des lunettes et dire qu’on était pas content car ça nous fait des trop gros ou trop petits yeux…

Rudy A.

Sauf que fait gaffe… cette loi s’applique pas au sur mesure.
ceci dit… les conditions général de vente de Sensee le permet !

Charles D.

Y a peut-être un truc à faire ça l’obligerait à se rendre que les impondérables aussi t’obligent à augmenter ta marge…

Charles D.

Un centaine de paires à 100 euros ça peut leur faire du tort

Chloe O. B.

dès que j’aurai quelques minutes à perdre j’irai tout lire

Charles D.

Tout le monde peut s’acheter une monture moche en prog dans les 150 et se la faire rembourser? Avec un peu de chance il y aura de la casse atelier 🙂

Chloe O. B.

dites le quand vous l’aurez fait de votre coté

Charles D.

Moi je suis ok, une photo à l’appui ? « J’imagine cool une centaine de ventes en plus cette semaine, on va revoir le plan de financement , merci mon copain Hamon… » et là boum ! Remboursez, remboursez

Bel état d’esprit…

Vente en ligne contre vente en boutique spécialisée

Bien évidemment, le syndicat des opticiens est déjà en train de taper à la porte du gouvernement en expliquant qu’on est en train de voler leur marge et d’affaiblir leur marché.

Ils prévoient une chute de 15% de leur chiffre d’affaire et donc par ricochet, re-voila le spectre et les menaces de nouvelles suppressions d’emplois.

Voilà un bel argument qui pourrait peser dans la balance de Benoit Hamon (Ministre à l’initiative du projet). Mais ce dernier ne semble pas prêt à reculer… Son objectif clairement affiché est de faire baiser les prix en ouvrant ce marché à un plus grande concurrence.

Pour la petite anecdote, saviez vous que le nombre d’opticiens a augmenté de plus de 47% depuis 2000 ? Une telle augmentation du nombre d’opticiens est sans doute à l’origine des problèmes de compétitivité et de rentabilité pour de nombreuses enseignes.

Et si justement ce marché des optiques était si vaste que l’arrivée de nouvelles offres sur Internet permettrait de qualifier davantage la clientèle ?

Ainsi, les clients qui ne cherchent véritablement que des prix bas, s’orienteront directement sur Internet. Les personnes soucieuses de vouloir obtenir des conseils et être orientées sur une typologie précise de produits continueront à se rendre en boutique. Mais c’est encore une idée erronée que celle selon laquelle Internet ne vendrait qu’un prix. Je connais bon nombre de services clients sur la toile que des boutiques physiques sont en droit d’envier (ou de détester selon son aptitude à subir ou évoluer avec le changement des habitudes de consommation de ses clients).

Les opticiens vont avoir l’obligation de redoubler d’astuces et adopter de véritable stratégie marketing digital. Fini donc le temps où la seule carotte du consommateur était la deuxième paire offerte (Cette dernière n’avait d’ailleurs d’offerte que le nom).

La vente en ligne d’optique sur Internet va dynamiser ce secteur qui en avait besoin, et lui apporter de nouvelles perspectives. Cette évolution se fera naturellement. Cela correspond à une évolution des mentalités et des habitudes de consommation.

Acheter ses lunettes de vue en ligne

Au delà du débat sur la légitimité ou non de la vente en ligne, restons pragmatique et attachons-nous à savoir comment est-ce que l’on peut acheter ses lunettes en ligne tout en gardant la même qualité chez notre chez opticien du coin de la rue, ou de la rue d’après ou encore celle d’après.

Pour assurer le service actuellement dispensé par les opticiens, il le sera également par les vendeurs en ligne pour les raisons suivantes:

  • les sites internet qui veulent se lancer dans cette activité devront avoir dans leur effectif au moins un opticien
  • les ordonnances de lunettes devront désormais comporter l’écart entre les deux yeux. Cette mesure est actuellement prise par votre opticien. Sur internet, le client devra envoyer une photo et l’ordonnance comportant toutes les informations concernant le client

Il est d’ores et déjà possible d’acheter ses lunettes en ligne sur Seensee ou Happyview. D’autre part, cela fait déjà plusieurs années que les internautes peuvent acheter leurs lentilles en ligne (depuis 2006). L’impact sur les ventes des opticiens n’est pas celui de la situation catastrophique que ces derniers envisagent.

Pharmacie et optique: les précurseurs de la libéralisation numérique

On constate que ces deux secteurs vont avoir des destins croisés. En effet, ils sont tous les deux liés à la santé. Un secteur où les plus démunis refusent de se soigner, le prix étant un barrière à l’entrée.

Depuis début 2013, les pharmaciens peuvent vendre les médicaments non soumis à prescription médicale. Le pré-requis pour pouvoir mettre en place une pharmacie en ligne est d’avoir une officine physique qui appuie votre boutique en ligne.

Aujourd’hui, on compte 80 pharmacies en ligne. Certes, leur nombre ne cesse de croitre mais les pharmacies physiques sont toujours là et vous pouvez courir en catastrophe dans l’une de ces dernières pour montrer la vilaine plaie occasionnée par un barbecue mal contrôlé.

Il ne s’agit donc dans les deux cas que de saine concurrence qui va permettre d’agir sur les marges de ces professionnels.

Autre point commun, les sites internet sont gérés par des professionnels compétents et qualifiés dont le service sera encadré. L’argument des opticiens quant à la perte de qualité de service n’est donc pas un argument viable.

Alors rassurez-vous et commandez sereinement votre paracetamol et vos lunettes en ligne.

Et si vous aviez pour ambition de devenir LA référence de la vente en ligne de lunettes, au même titre que LaSante.net est devenu la référence dans l’univers de la vente en ligne de médicament, vous ne devriez pas hésiter longtemps avant de nous contacter.

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Ce qui manque aux pharmacies en ligne

La plus part des pharmaciens que je rencontre continuent d’avoir le souhait d’investir dans une pharmacie en ligne, afin de pouvoir capitaliser sur un outil informatique qui valorisera de manière globale leur officine.

Tous souhaitent se lancer dans l’aventure afin de ne pas rester en dehors de la réalité du marché qu’est Internet, et tous essayent de comprendre comment gagner de nouvelles part de marché, en donnant une visibilité supplémentaire à leur sélection de gamme et offre produit.

Depuis 2005, je travaille dans l’univers de la santé d’une manière générale (initialement pour un laboratoire pharmaceutique, puis dans le domaine de la parapharmacie, puis pour une grande enseigne de vente de matériel médical et enfin pour des pharmacies en ligne), et j’ai souhaité oeuvrer sur Internet pour permettre aux consommateurs d’accéder à une offre produit plus large, à des prix plus compétitifs, et en se faisant livrer rapidement à domicile.

Le plus gros frein à la consommation, pour des sites de vente en ligne d’une façon générale, c’est la livraison.

Dans le domaine de la santé, quoi de plus frustrant que de vouloir par exemple, acheter du Doliprane à un très bon prix, mais de ne pouvoir en disposer que quelques jours plus tard, le temps que le service de livraison vous fasse parvenir votre commande ? Si vous avez mal à la tête et que vous n’avez plus de paracétamol ou d’aspirine, vous n’allez pas attendre 2 jours, voire même 24h (pour les sites les mieux organisés) pour vous soigner. Vous prenez votre véhicule, ou vous envoyez un de vos proches passer à la pharmacie du coin et vous récupérez ce dont vous avez besoin pour vous remettre sur pied.

Les consommateurs sur les sites de vente de produit de parapharmacie font leurs achats comme s’ils achetaient un produit de consommation courante. Si la crème de soin ou la masse à raser arrive sous quelques jours mais qu’elle a été achetée au bon prix, cela ne freine que rarement le consommateur de savoir qu’il ne sera livré que le lendemain de son passage de commande.

Pour l’achat de médicaments sur Internet, nous nous apercevons qu’une majorité des clients préparent leurs commandes pour les semaines ou les mois à venir, mais pas pour une utilisation immédiate des médicaments.

Ce qu’avait sans doute espéré pouvoir mettre en place l’enseigne 1001Pharmacie, c’est de donner l’opportunité aux consommateurs de procéder à leurs achats sur une place de marché, pour ensuite retirer ou se faire livrer par une pharmacie locale et adhérente au réseau de 1001Pharmacie, leurs médicaments au meilleur prix. Une sorte de Drive de la pharmacie.

Mais un tel projet en 2013 semble très difficile à mettre sur pied. Pas tant à cause de la réglementation française, qui pourrait (peut être) s’assouplir sur certains aspects, mais parce qu’a l’heure actuelle il n’existe aucune harmonisation des systèmes informatiques dans les pharmacies. Entre PharmaGest, WinPharma, pour ne citer que ces 2 solutions du marché (il en existe une multitude d’autres), il n’est pas aisé de faire de l’échange ou de l’extraction de données. Pas de services Web (outil de communication autorisant l’échange de données entre applications et/ou des systèmes informatiques hétérogènes), aucune ouverture avec leur base de données. 

Ce service Drive de la pharmacie serait complexe à mettre en place du fait de la visibilité et de la rétrocession qui devrait être à gérer entre les pharmacies d’un même réseau. Mais ce sujet fera l’objet d’un prochain article j’y reviendrai plus longuement.

Mordre la poussière

Dans l’absolu, quand on monte un projet comme MonGuideSanté dans son garage (voir photo), on se dit qu’un jour on finira par être récompensé pour tout le travail effectué. On accepte la poussière, l’incomfort, la vétustité des lieux au nom d’une enseigne que l’on a constitué de toute pièce et qui est, pour ainsi dire, votre unique motivation quand il s’agit de se lever chaque matin pour s’abimer les yeux sur son écran. Je garde de bons souvenirs de cette époque (de 2007 à début 2009), car je me réjouissais alors de la dynamique commerciale de mon site.

Mon bureau sans le garage

J’étais heureux de lire les commentaires de satisfaction de clients sur les forums, et je jubilais lorsque je gagnais de nouvelles places dans les moteurs de recherche, persuadé que je ne pourrai jamais être rattrapé par qui que ce soit. Même si je ne me satisfaisais pas de mes associés de l’époque (qui n’ont jamais contribués en quoi que ce soit au projet – mais je reviendrai sur ce point une prochaine fois) j’étais tout simplement heureux et quelque part, satisfait de moi même.

Oui car on ne peut qu’être heureux lorsque l’on est persuadé qu’un jour on touchera le gros lot (un gros chèque), grâce peut être à un investisseur sérieux susceptible de reprendre les rennes du projet (ou au moins capable de vous aider à passer du stade garage à local susceptible d’accueillir une ou deux personnes pour m’accompagner au quotidien), heureux donc je ne cessais jamais de travailler sur ce beau projet. Après avoir pris la place du calif fin 2008 dans les résultats des moteurs de recherche sur des centaines de requêtes (à l’époque mon plus gros challenger était un certain Pharmadiscount.net racheté depuis par un géant de la distribution sur Internet), je rêvais alors de remplacer ma Volvo par une petite Porsche histoire d’en jeter un peu, et j’aspirai à pouvoir me faire plaisir, voir même peut être, à m’offrir une retraite anticipée.

Je n’avais pas encore songé aux problématiques auxquels font face les entrepreneurs français comme Patrice qui désespère de ne pas pouvoir faire parti d’un carré VIP au service des impôts. Mais j’étais alors fortement sollicité, courtisé par des sociétés spécialisées dans la mise en place de levée de fond et des individus qui deviennent subitement vos amis, prêts à vous aider à faire le bon choix dans votre problématique de trouver de l’argent. Votre cher projet intéresse vraiment beaucoup de monde.

Mais je n’ai pas vraiment eu le temps de m’inquiéter pour mes impôts (enfin si, car justement, quand du jour au lendemain vous n’avez plus aucun revenu, il faut avoir pris des dispositions pour payer les impôts de l’année d’avant). Car en 2 ans, je suis passé du jeune entrepreneur cité en exemple, gérant d’une entreprise innovante sur le Web, avec une coquette rémunération mensuelle de 4500€ à un numéro de matricule auprès de Pôle Emploi, et un nom de dossier pour trois avocats différents sincèrement enchantés de faire votre connaissance.

24 mois pour en prendre plein la gueule

24 mois, cela parait long mais personne ne peut être préparé à ce qui est arrivé.

Janvier 2009, MonGuideSanté devient leader de la vente en ligne de produits de Parapharmacie avec 30% de part de marché capté. On est heureux, on coordonne l’expédition de centaines de colis par jour, on est invité à intervenir dans de prestigieuses conférences pour présenter la légitimité de la réussite du projet, on se fait engueuler par sa femme parce que l’on travaille 3 weekend sur 4.

Janvier 2010, le site est fermé, ma société est placée en liquidation judiciaire, je n’ai plus d’accès aux produits et je n’ai plus qu’un associé « virtuel » sur le projet (le pharmacien qui m’aura permis pendant toutes ces années d’accéder au contrat avec les laboratoires exigeant de ne travailler qu’avec des officines). Je trouve de nouveaux associés capables de m’aider à remettre en ligne mes produits.

Janvier 2011 je n’ai plus de travail, j’ai cédé les droits d’exploitations de MonGuideSanté à des pharmaciens et à des hommes d’affaires très soucieux de me déposséder jusqu’au dernier pixel du projet sur lequel j’avais tant travaillé.

Février 2011, je découvre l’univers complexe des clauses contractuelles et des cabinets spécialisés dans le droit pénal, et je fais donc la connaissance de trois avocats spécialisés chaleureux et rassurant quand ils vous parlent de votre avenir (mais aucun d’eux ne fera jamais référence à la carte VIP des impôts).

Mars 2011, je finis par relancer en catastrophe l’activité de ma société Toucouleur pour retrouver de quoi payer mes impôts des années précédentes. Au passage, je troque ma belle Volvo à la C5 Break de plus de 100 000km, sans passer par la case Porsche millésimée, on verra ça pour des jours meilleurs.

Février 2012, je récupère 75 000€ de la cession de MonGuideSanté dans des conditions juridiques épouvantables et au prix de nombreuses nuits blanches et avec une amertume certaine pour les pharmaciens qui vous ont dépouillé.

Mars 2012, j’apprend que MonGuideSanté a été vendu pour la coquette somme de 2 millions et des poussières par mes pharmaciens, au groupement Galien.

Voila, j’oublis de dire que depuis, je ne suis plus invité aux prestigieuses conférences, les investisseurs ne s’intéressent plus à moi mais au projet de vente de médicament et de parapharmacie auquel je contribue (LaSante.net pour ceux qui ont pas suivi), je ne saurai jamais qui est Najat Vallaud-Belkacem, mais je ne travaille plus qu’un weekend sur 4 pour des beaux projets.

Au prochain post, je vous raconte la période faste de 2009, avec les amabilités des investisseurs, et la main mise de mon projet par des pharmaciens qui savaient avant même de me rencontrer comment ils comptaient m’en dépouiller.