Marisol à l’attaque des places de marchés pour les médicaments

Je dois avouer que depuis plusieurs mois déjà, je ne suis même plus agacé lorsque s’affiche dans les résultats des moteurs de recherches mes anciens concurrents tels que LeComptoirSanté ou encore EasyParapharmacie qui ont été pendant longtemps mes challengers à l’époque de ma gestion de MonGuideSante.com.

Car celui qui m’agace véritablement en ce moment, c’est Cedric O’Neill a qui je dois reconnaitre un véritable talent. Je ne connais pas le personnage, sans doute sympathique d’après ce qui m’a été relayé, mais je dois reconnaitre qu’il est véritablement doué ou particulièrement bien conseillé. Après avoir réussi à s’imposer dans tous les médias ces 6 derniers mois tout en trompant son monde; après avoir levé près de 600 000€ pour gérer une place de marché de la pharmacie en ligne, 1001pharmacie propose depuis le début d’année à tous les pharmaciens adhérent de reverser 10% de leur chiffre d’affaire généré sur cette place de marché  (c’est plus cher qu’Amazon ceci dit en passant) qui entretient la confusion entre la parapharmacie et la vente en ligne de médicament.

J’ai encore en souvenir l’intervention de Cédric O’Neill sur le plateau du Grand Journal en février dernier. Je me suis amusé de la tête des intervenants du Grand Journal quand ils finissent par comprendre que 1001Pharmacie ne propose pas véritablement de médicaments en ligne, mais reste finalement une nouvelle enseigne de vente de produits de parapharmacie. Mais la confusion entre pharmacie et parapharmacie est tellement grande chez le consommateur, que la personne en charge du placement média de Cédric O’Neill a réussi à le mettre sur le plateau du grand journal au côté de Roselyne Bachelot qui elle a bien compris l’enjeux qui se cachait derrière l’outil de fédération de 1001Pharmacie.

Marisol veut en finir avec la cacophonie des pharmacies en ligne

Mais voila, Marisol Touraine ne l’entend pas de la même oreille que Cédric O’Neill. Un arrêté ministériel de ce 20 juin 2013, relatif au code des bonnes pratiques de dispensation des médicaments par voie électronique a donc fait son apparition sur l’impulsion de notre Ministre de la Santé. Cet arrêt devrait rentrer en vigueur le 12 juillet prochain.

On avait imaginé beaucoup de lobbying de la part des pharmaciens (toujours réticents à l’idée de voir leur profession revue en profondeur à cause de l’Internet) mais finalement cet arrêt est bien moins contraignant que ce qu’il présageait.  Il n’y a en effet pas d’obligation d’aligner les prix des officines avec leur site Internet, il n’y a pas non plus (et c’est heureux) d’interdiction de la livraison à domicile, et oblige à exploiter un site unique pour l’ensemble des produits.

Ce qui devrait compliquer la vie de 1001pharmacies, c’est notamment ce point : « La recherche de référencement dans des moteurs de recherche ou des comparateurs de prix contre rémunération est interdite » A la bonne heure ! Car dans le modèle économique actuel de 1001Pharmacie, les pharmaciens payent un abonnement et une commission pour figurer sur un site qui permettra au client de comparer leurs prix.

Le point clef concernant l’activité de vente de médicaments sur le site LaSante.net concerne :  « La préparation des commandes liées au commerce électronique de médicaments, ne peut se faire qu’au sein de l’officine, dans un espace adapté à cet effet. L’activité de commerce électronique est réalisée dans le respect des conditions générales d’installation de l’officine prévues par la réglementation, notamment par l’article R. 5125-9 du code de la santé publique [proximité immédiate]. ». En somme, pas question de déporter même partiellement la logistique de l’officine, ce qui implique de trouver très vite des solutions en terme d’organisation interne à la pharmacie pour gérer un stock toujours plus important et par définition toujours plus volumineux !

Mais Marisol ayant été finalement plutôt raisonnable dans son ensemble, on peut donc espérer que la loi ressemblera fortement à cet arrêté.

Mordre la poussière

Dans l’absolu, quand on monte un projet comme MonGuideSanté dans son garage (voir photo), on se dit qu’un jour on finira par être récompensé pour tout le travail effectué. On accepte la poussière, l’incomfort, la vétustité des lieux au nom d’une enseigne que l’on a constitué de toute pièce et qui est, pour ainsi dire, votre unique motivation quand il s’agit de se lever chaque matin pour s’abimer les yeux sur son écran. Je garde de bons souvenirs de cette époque (de 2007 à début 2009), car je me réjouissais alors de la dynamique commerciale de mon site.

Mon bureau sans le garage

J’étais heureux de lire les commentaires de satisfaction de clients sur les forums, et je jubilais lorsque je gagnais de nouvelles places dans les moteurs de recherche, persuadé que je ne pourrai jamais être rattrapé par qui que ce soit. Même si je ne me satisfaisais pas de mes associés de l’époque (qui n’ont jamais contribués en quoi que ce soit au projet – mais je reviendrai sur ce point une prochaine fois) j’étais tout simplement heureux et quelque part, satisfait de moi même.

Oui car on ne peut qu’être heureux lorsque l’on est persuadé qu’un jour on touchera le gros lot (un gros chèque), grâce peut être à un investisseur sérieux susceptible de reprendre les rennes du projet (ou au moins capable de vous aider à passer du stade garage à local susceptible d’accueillir une ou deux personnes pour m’accompagner au quotidien), heureux donc je ne cessais jamais de travailler sur ce beau projet. Après avoir pris la place du calif fin 2008 dans les résultats des moteurs de recherche sur des centaines de requêtes (à l’époque mon plus gros challenger était un certain Pharmadiscount.net racheté depuis par un géant de la distribution sur Internet), je rêvais alors de remplacer ma Volvo par une petite Porsche histoire d’en jeter un peu, et j’aspirai à pouvoir me faire plaisir, voir même peut être, à m’offrir une retraite anticipée.

Je n’avais pas encore songé aux problématiques auxquels font face les entrepreneurs français comme Patrice qui désespère de ne pas pouvoir faire parti d’un carré VIP au service des impôts. Mais j’étais alors fortement sollicité, courtisé par des sociétés spécialisées dans la mise en place de levée de fond et des individus qui deviennent subitement vos amis, prêts à vous aider à faire le bon choix dans votre problématique de trouver de l’argent. Votre cher projet intéresse vraiment beaucoup de monde.

Mais je n’ai pas vraiment eu le temps de m’inquiéter pour mes impôts (enfin si, car justement, quand du jour au lendemain vous n’avez plus aucun revenu, il faut avoir pris des dispositions pour payer les impôts de l’année d’avant). Car en 2 ans, je suis passé du jeune entrepreneur cité en exemple, gérant d’une entreprise innovante sur le Web, avec une coquette rémunération mensuelle de 4500€ à un numéro de matricule auprès de Pôle Emploi, et un nom de dossier pour trois avocats différents sincèrement enchantés de faire votre connaissance.

24 mois pour en prendre plein la gueule

24 mois, cela parait long mais personne ne peut être préparé à ce qui est arrivé.

Janvier 2009, MonGuideSanté devient leader de la vente en ligne de produits de Parapharmacie avec 30% de part de marché capté. On est heureux, on coordonne l’expédition de centaines de colis par jour, on est invité à intervenir dans de prestigieuses conférences pour présenter la légitimité de la réussite du projet, on se fait engueuler par sa femme parce que l’on travaille 3 weekend sur 4.

Janvier 2010, le site est fermé, ma société est placée en liquidation judiciaire, je n’ai plus d’accès aux produits et je n’ai plus qu’un associé « virtuel » sur le projet (le pharmacien qui m’aura permis pendant toutes ces années d’accéder au contrat avec les laboratoires exigeant de ne travailler qu’avec des officines). Je trouve de nouveaux associés capables de m’aider à remettre en ligne mes produits.

Janvier 2011 je n’ai plus de travail, j’ai cédé les droits d’exploitations de MonGuideSanté à des pharmaciens et à des hommes d’affaires très soucieux de me déposséder jusqu’au dernier pixel du projet sur lequel j’avais tant travaillé.

Février 2011, je découvre l’univers complexe des clauses contractuelles et des cabinets spécialisés dans le droit pénal, et je fais donc la connaissance de trois avocats spécialisés chaleureux et rassurant quand ils vous parlent de votre avenir (mais aucun d’eux ne fera jamais référence à la carte VIP des impôts).

Mars 2011, je finis par relancer en catastrophe l’activité de ma société Toucouleur pour retrouver de quoi payer mes impôts des années précédentes. Au passage, je troque ma belle Volvo à la C5 Break de plus de 100 000km, sans passer par la case Porsche millésimée, on verra ça pour des jours meilleurs.

Février 2012, je récupère 75 000€ de la cession de MonGuideSanté dans des conditions juridiques épouvantables et au prix de nombreuses nuits blanches et avec une amertume certaine pour les pharmaciens qui vous ont dépouillé.

Mars 2012, j’apprend que MonGuideSanté a été vendu pour la coquette somme de 2 millions et des poussières par mes pharmaciens, au groupement Galien.

Voila, j’oublis de dire que depuis, je ne suis plus invité aux prestigieuses conférences, les investisseurs ne s’intéressent plus à moi mais au projet de vente de médicament et de parapharmacie auquel je contribue (LaSante.net pour ceux qui ont pas suivi), je ne saurai jamais qui est Najat Vallaud-Belkacem, mais je ne travaille plus qu’un weekend sur 4 pour des beaux projets.

Au prochain post, je vous raconte la période faste de 2009, avec les amabilités des investisseurs, et la main mise de mon projet par des pharmaciens qui savaient avant même de me rencontrer comment ils comptaient m’en dépouiller.

5 ans depuis l’accès libre aux médicaments

Bien qu’un nombre important de pharmaciens s’étonnent encore de l’arrivée massive de sites Internet ayant pour vocation la vente de médicaments en libre accès, vous ne trouverez chez ces contestataires que très peu de personnes qui remettent en cause l’accès libre aux médicaments dans leurs officines.

Car bien évidemment, qui dit libre d’accès dit aussi que le pharmacien, dans de très nombreux cas, ne va pas vous poser la moindre question avant de vous accorder le droit d’accéder aux fameux OTC (Over The Counter c’est à dire devant le comptoir et ne nécessitant aucune ordonnance ou prescription médicale particulière).

Cinq ans que des médicaments sont accès libres

D’après une étude récente réalisée par l’AFIPA (L’Association Française de l’Industrie Pharmaceutique pour une Automédication responsable) il y a déjà près de 4 personnes sur 10 qui ont recours régulièrement aux médicaments qui sont donc accessibles devant le comptoir. C’est près de 2 fois plus en l’espace d’un an d’après cette même étude.

Très peu de pharmaciens pensaient alors en 2008 que le rayon libre accès serait près de 5 ans plus tard présent dans 3/4 des pharmacies françaises,  70% pour être exact.

Une grande majorité des pharmaciens rejetaient l’idée même du libre accès et les consommateurs eux mêmes ne sachant trop à quoi allait correspondre cette forme d’automédication, restaient pour le moins dubitatif. Certains y ont cru, j’y ai cru, et il était clair que la mesure allait contribuer positivement à l’évolution du comportement des Français en matière de soins, que cela soit en pharmacie traditionnelle, ou sur Internet.

Alors bien évidemment, il y a ceux qui ont boudé le changement, mais finalement, tout le monde s’y est mis ou finira pas s’y mettre. Car même si le conseil en officine est toujours utile et je dirai même, plus que nécessaire, on voit bien que les jeunes sollicitent moins leurs médecins pour finalement s’adresser directement aux pharmaciens. Par soucis de faire des économies sans doute (une visite chez un médecin pratiquant les dépassements d’honoraires n’est pas si rare), par soucis d’être plus rapide (on attend toujours un peu moins chez un pharmacien qui prend le temps d’écouter et de donner des conseils), et par commodité (on voit un spécialiste santé plutôt que deux).

La régulation par l’éducation

L’automédication, c’est comme l’éducation en général, ça fini pas rentrer à force de bachoter.

La fameuse enquête citée plus haut a permis de démontrer que 9 personnes sur 10 savent très bien à quoi correspond le médicament qu’ils viennent d’acheter en libre accès. Et finalement le spectre du surdosage que l’on nous promettait est resté dans son coin, sans finalement plus inquiéter grand monde. Y compris sur Internet.

Quoique sur ce dernier point, Internet donc, les choses pourraient encore changer, on ne sait toujours pas trop sur quel pied danser avec la vente de médicaments dans une  pharmacie en ligne comme LaSante.net car des garde-fous ont été mis en place, la fameuse charte du Ministère de la Santé n’ayant toujours pas vu le jour.